La
maîtrise du prânâ psychique
Nous
allons maintenant nous occuper des exercices de prânâyâma.
Nous avons vu que, d’après les yogins, le premier pas consiste à se rendre
maître des mouvements des poumons. Ce que nous voulons, c’est prendre
conscience des mouvements subtils qui se déroulent dans le corps. Notre
esprit, s’est extériorisé et il a perdu de vue les mouvements subtils qui
se déroulent dans le corps. Si nous pouvons commencer à les sentir, nous
pourrons commencer à les maîtriser. Ces courants nerveux passent dans tout
le corps, apportent la vie et le vitalité à tous les muscles, mais nous ne
les sentons pas. Le yogin nous pouvons apprendre à les sentir. Comment ?
En nous emparant du mouvement des poumons et en les dirigeant ;lorsque nous
aurons fait cela un temps suffisant, nous pourrons aussi maîtriser les
mouvements plus subtils.
Passons
maintenant à aux exercices de prânâyâma. Asseyez-vous bien
droit ; le corps doit rester droit. La moelle épinière, bien qu’elle
n’adhère pas à la colonne vertébrale, est pourtant à l’intérieur de
celle-ci. Si vous vous asseyez de travers, vous troublez la colonne vertébrale ;
laissez la libre. Toutes les fois que vous vous asseyez de travers et que vous
essayez de méditer vous vous faites du mal. La poitrine, le cou et la tête
doivent toujours rester dans le prolongement l’un de l’autre, en ligne
droite. Vous constaterez qu’avec un peu de pratique cela vous deviendra
aussi facile que de respirer. La deuxième chose à faire est de s’assurer
la maîtrise de ses nerfs. Nous avons déjà dit que le centre nerveux qui régit
les organes de la respiration exerce une sorte de direction sur les autres
nerfs ; c’est pourquoi la respiration rythmée s’impose. La
respiration telle que nous la pratiquons généralement ne mérite pas du tout
son nom. Elle est très irrégulière. En outre il existe des différences
naturelles entre la respiration de l’homme et celle de la femme.
La
première chose à apprendre est de respirer de manière cadencée,
inspiration et expiration, ce qui mettra de l’harmonie dans l’organisme.
Lorsque vous aurez pratiqué cet exercice pendant un certain temps, vous ferez
bien d’y adjoindre la répétition d’un mot tel que AUM ou
tout autre mot sacré. Laissez ainsi le mot s’écouler rythmiquement,
harmonieusement avec le souffle qui entre et qui sort, et vous constaterez que
le corps acquiert un certain rythme. Vous apprendrez alors ce qu’est le
repos. Lorsque vient ce repos là, les nerfs les plus épuisés se calment, et
l’on s’aperçoit que jamais auparavant on avait su ce qu’est le vrais
repos.
Le
premier effet de ces exercices s’observe dans le changement d’expression
du visage ; la dureté des traits s’atténue ; le calme de la pensée
répands sur la physionomie une expression de clame. Ensuite vient la beauté
de la voix. Je n’ai jamais connu de yogin à la voix rauque. Ces signes
apparaissent au bout de quelques mois de pratique.
Lorsqu’on
a fait cet exercice respiratoire pendant quelques jours, il faut aborder
l’exercice suivant. Emplissez totalement vos poumons en faisant passer le
souffle par idâ, par la narine gauche et concentrez en même
temps votre esprit sur le courant nerveux. Vous envoyez en quelque sorte ce
courant le long de la moelle épinière et vous en frappez violemment le
dernier plexus, le lotus qui est à la base, le lotus de forme triangulaire,
siège de la kundalinî. Puis, maintenez-y le courant pendant
un temps. Imaginez ensuite que vous faites lentement remontrer ce courant
nerveux avec le souffle, par l’autre coté, par la pingalâ,
puis rejetez le lentement par la narine droite. Vous trouverez cet exercice un
peu difficile. Le moyen le plus facile est de fermer la narine droite avec le
pouce, puis d’aspirer lentement l’air par la narine gauche. Ensuite fermez
les deux narines avec le pouce et l’index et imaginez que vous envoyez ce
courant vers le bas, que vous lui faites frappez la base du de la sushummâ.
Après cela écartez le pouce et faites sortir le souffle par la narine
droite. Ensuite inspirez lentement par cette même narine, en continuant à
fermer l’autre avec l’index, puis fermez les deux comme vous l’avez déjà
fait.
La
façon dont les hindous font cet exercice serait assez difficile à pratiquer
dans ce pays-ci, car chez nous on s’y exerce dès l’enfance et les poumons
y sont accoutumés. Il est préférable ici de commencer par 4 secondes et
d’augmenter progressivement. Aspirez pendant 4 secondes, retenez l’air
pendant 16 secondes et expirez en 8 secondes. Cela constitue un prânâyâma.
Pensez en même temps au lotus triangulaire qui est à la base ;
concentrez votre esprit sur ce centre. L’imagination peut vous être d’un
grand secours.
L’exercice
suivant consiste à aspirer lentement et à rejeter le souffle aussitôt.,
lentement également, puis à ne pas admettre d’air pendant un temps, en
employant toujours les mêmes temps. La seule différence est que dans un cas,
on a retenu l’air à l’intérieur et que, dans l’autre on la empêché
de pénétrer. Ce dernier est le plus facile des deux. Il ne faut pas abuser
de la respiration dans laquelle on retient l’air dans les poumons. Faite
cela seulement quatre fois le matin et quatre fois le soir, puis vous pourrez
augmenter lentement le nombre et la durée des mouvements. Vous trouverez que
vous en êtes capables et que vous y prenez goût. Ainsi, avec
beaucoup de prudence et de précautions, lorsque vous sentirez que vous pouvez
le faire, portez le nombre des mouvements à 6 au lieu de 4. si vous
faites cet exercice de façon irrégulière, cela peut vous faire du mal.
Des
trois méthodes que je viens de décrire pour la purification des nerfs, la
première et la troisième ne sont ni difficiles ni dangereuses. Plus vous
pratiquerez la première et plus vous serez calme. Pensez simplement à AUM
et vous pouvez faire cet exercice pendant même que vous êtes assis à
travailler. Cela vous fera beaucoup de bien. Un jour, si vous travaillez sérieusement,
la kundalini s’éveillera. Ceux qui pratiquent une ou deux fois par jour
acquerront un certain calme du corps et de l’esprit, et une belle voix. Ce
n’est pas que pour ceux qui vont plus loin que la kundalini s’éveille,
que toute la nature commence de se transformer et que s’ouvre le livre de la
connaissance dans les livres ; leur propre esprit sera devenu leur livre
et contiendra une connaissance infinie.
Les
yogas pratiques - Swâmi vivekânanda
Éditions
Albin Michel
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